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Journée de la Femme : 10 Sénégalaises Qui Réussissent Dans le Digital
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Journée de la Femme : 10 Sénégalaises Qui Réussissent Dans le Digital

Au Sénégal, 30% des startups sont dirigées par des femmes. C'est trois fois plus qu'en France.

Ce chiffre surprend beaucoup de monde. Parce que quand on parle de tech en Afrique, les visages qui apparaissent sont presque toujours masculins. Parce que les incubateurs et les plateaux de conférences tech sont encore dominés par des hommes. Et parce que les femmes qui réussissent dans le digital au Sénégal le font souvent dans un silence que ce guide a l'intention de briser.

Les 10 femmes présentées ici ne sont pas des exceptions décoratives. Ce sont des ingénieures, des fondatrices, des dirigeantes et des bâtisseuses qui créent des entreprises, des emplois et des solutions technologiques qui changent concrètement la vie de millions de personnes au Sénégal et en Afrique.

Voici leurs histoires.


1. Fatoumata Bâ — La reine du venture capital africain

Ce qu'elle a construit : Janngo Capital, le premier fonds d'investissement Tech for Good dédié à l'Afrique.

Fatoumata Bâ a d'abord fait ses armes chez Jumia, la plus grande plateforme e-commerce d'Afrique, où elle a acquis une connaissance intime de l'écosystème tech continental. Puis elle a vu ce qui manquait : des capitaux pour les startups africaines qui résolvent de vrais problèmes — l'accès à la santé, l'éducation, les services financiers, l'agriculture.

Elle a fondé Janngo (« bouclier » en peul), un véhicule qui combine investissement et impact social. Sa vision : prouver que rentabilité financière et impact positif ne sont pas contradictoires en Afrique. Forbes Afrique l'a classée parmi les 50 femmes les plus influentes du continent en 2025.

Ce qu'on retient : quand les investisseurs internationaux parlent de tech africaine, Fatoumata Bâ est une des voix qu'ils écoutent. Elle ne demande pas une place à la table — elle construit sa propre table.


2. Marième Jamme — Celle qui code l'avenir d'un million de filles

Ce qu'elle a construit : iamtheCODE, le premier mouvement mondial dirigé par une Africaine pour former les filles au codage.

Son histoire personnelle est extraordinaire. Née au Sénégal, autodidacte qui a appris à lire et écrire à 16 ans, Marième Jamme est devenue l'une des voix les plus respectées de la tech mondiale. Elle a fondé iamtheCODE avec un objectif audacieux : former un million de jeunes filles au codage, à la technologie et à l'entrepreneuriat d'ici 2030.

Le mouvement est présent dans 70 pays et a déjà touché plus de 30 000 jeunes filles. Marième est membre du conseil d'administration de la Web Foundation, ancienne conseillère de Microsoft 4Afrika et de la Fondation Tony Elumelu. Elle est la première femme sénégalaise à s'être rendue dans l'Arctique, lors de la Future Talks Expedition en 2018.

Ce qu'on retient : la preuve vivante que l'origine ne définit pas la destination. D'une enfance sénégalaise difficile à une leader tech mondiale — son parcours est le message le plus puissant qu'elle puisse transmettre aux filles qu'elle forme.


3. Awa Caba — La technologie au service des femmes agricultrices

Ce qu'elle a construit : Sooretul, la première plateforme de e-commerce pour les produits agricoles transformés par les femmes au Sénégal, et le Jjiguene Tech Hub.

Le nom dit tout : « Sooretul » signifie « ce n'est plus loin » en wolof. Ingénieure en informatique diplômée de l'École Supérieure Polytechnique de Dakar, Awa Caba a constaté que les femmes productrices en zone rurale ne pouvaient pas accéder au marché urbain. Les consommateurs dakarois, de leur côté, ne trouvaient pas les produits locaux transformés en grande surface.

Sa solution : une plateforme digitale qui rapproche l'offre rurale de la demande urbaine. Confitures, jus, céréales transformées, produits cosmétiques à base de karité — tout devient accessible en ligne. Sooretul a remporté l'Innovation Award du Rebranding Africa Forum en 2015.

Mais Awa ne s'est pas arrêtée là. Elle a cofondé le Jjiguene Tech Hub, le premier réseau de femmes dans la technologie au Sénégal, et coordonné Yeesal Agrihub, un hub agri-tech pour stimuler l'innovation des jeunes dans l'agriculture. Elle enseigne aussi le e-commerce et le marketing digital au Master Agrobusiness de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis.

Ce qu'on retient : Awa ne se contente pas de créer des entreprises — elle crée des écosystèmes. Chaque projet qu'elle lance en fait naître d'autres.


4. Dieynaba Ndoye — De Dakar à Forbes via la beauté inclusive

Ce qu'elle a construit : Colorii (première chaîne de beauté ethnique en France) puis WAAM Cosmetics (marque de beauté éthique et inclusive).

Née à Dakar dans une famille de diplomate, Dieynaba Ndoye a grandi entre l'Afrique, l'Asie et l'Europe. Après une grande école de commerce et une carrière chez Schlumberger dans le secteur pétrolier, elle a fait un virage audacieux : en 2007, elle lance Colorii, la première chaîne française dédiée à la beauté des femmes noires et métisses, installée dans des centres commerciaux premium.

En trois ans, 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le groupe Provalliance rachète l'enseigne. Forbes Afrique la cite parmi les 20 femmes les plus influentes du continent.

En 2016, elle revient avec WAAM — We Are All Métis — une marque de cosmétique qui mise sur des ingrédients bruts, bio et équitables, sourcés directement auprès de coopératives féminines en Afrique. Du beurre de karité du Sahel à l'huile de moringa — chaque produit valorise les filières africaines. 1% des ventes est reversé à des associations.

Ce qu'on retient : Dieynaba a transformé une injustice du marché (l'invisibilité des femmes noires dans la beauté) en empire commercial. Le digital — e-commerce, marketing de contenu, stratégie D2C — est au cœur du modèle WAAM.


5. Fatou Dieng — De Dakar à Station F, le plus grand campus startup du monde

Ce qu'elle a construit : Maket, une startup sélectionnée par l'incubateur HEC Paris à Station F.

Fatou Dieng est une figure montante de la nouvelle génération d'entrepreneures sénégalaises. En septembre 2025, elle est devenue la première diplômée du programme Challenge+ Afrique de HEC Paris à intégrer l'incubateur de Station F — sur 143 candidatures, seuls 11 projets ont été retenus, dont deux portés par des femmes.

Son parcours illustre la montée en puissance de l'écosystème tech dakarois : formée au Sénégal, accompagnée par des programmes comme Challenge+ Dakar (en partenariat avec la DER/FJ et l'Ambassade de France), elle a développé sa startup jusqu'à atteindre une reconnaissance internationale.

Ce qu'on retient : la preuve que l'écosystème sénégalais peut désormais propulser des fondatrices jusqu'aux plus grands incubateurs mondiaux.


6. Siny Samba — Nourrir les bébés sénégalais avec des produits sénégalais

Ce qu'elle a construit : Le Lionceau, la première marque de nutrition infantile entièrement sénégalaise.

La nutrition infantile au Sénégal est dominée par des marques importées, souvent inadaptées aux réalités locales et financièrement inaccessibles pour beaucoup de familles. Siny Samba a décidé de changer cela en créant Le Lionceau — des produits de nutrition pour bébés formulés localement, à partir d'ingrédients sénégalais, pour des estomacs sénégalais.

Forbes Afrique l'a identifiée dans son classement 2025 des 50 femmes les plus influentes du continent. Le digital est central dans sa stratégie : e-commerce, présence sur les réseaux sociaux, marketing ciblé via WhatsApp et Facebook — les canaux que les mères sénégalaises utilisent réellement.

Ce qu'on retient : le digital n'est pas seulement pour les apps et les SaaS. Siny utilise la technologie pour résoudre un problème de santé publique fondamental.


7. Dieynaba Ndiaye (Jeyba) — L'architecte du marketing d'influence au Sénégal

Ce qu'elle a construit : Mon Studio Digital, agence de marketing digital et d'influence au Sénégal.

Après un parcours entre La Sorbonne, Alexander Wang à Paris et DIESEL France, Dieynaba Ndiaye est rentrée au Sénégal en 2014 avec une conviction : le marketing digital allait transformer la communication des entreprises sénégalaises, et quelqu'un devait construire le pont entre les marques et les créateurs de contenu.

Mon Studio Digital est ce pont. L'agence met en relation les marques avec les influenceurs sénégalais, conçoit des stratégies de contenu adaptées au marché local et accompagne les entreprises dans leur transformation digitale. Dans un marché où le marketing d'influence était encore embryonnaire, Jeyba a structuré un écosystème professionnel.

Ce qu'on retient : elle n'a pas attendu que le marché soit prêt — elle l'a créé.


8. Bitilokho Ndiaye — Du militantisme tech aux politiques publiques

Ce qu'elle a construit : Jiggen ci TIC (communauté de 2 000+ femmes dans les TIC) et une carrière au sommet de la politique numérique sénégalaise.

Bitilokho Ndiaye a fondé Jiggen ci TIC (« les femmes dans les TIC » en wolof), une communauté qui réunit plus de 2 000 membres autour de la promotion de l'engagement des filles et des femmes dans les filières technologiques. Mais elle ne s'est pas contentée de militer depuis l'extérieur.

Depuis janvier 2020, elle est directrice de la promotion de l'économie numérique et du partenariat au sein du gouvernement sénégalais. Elle est ainsi passée de l'activation communautaire à l'élaboration des politiques publiques qui façonnent l'économie numérique du pays.

Ce qu'on retient : l'impact le plus durable n'est pas toujours celui qui fait le plus de bruit. En intégrant les institutions, Bitilokho change les règles du jeu de l'intérieur.


9. Régina Mbodji — La bâtisseuse de l'écosystème startup sénégalais

Ce qu'elle a construit : une carrière de direction au CTIC Dakar, le premier incubateur tech d'Afrique de l'Ouest.

Arrivée au CTIC Dakar (Centre des Technologies de l'Information et de la Communication) dès le début du projet en 2011, Régina Mbodji est devenue directrice de cet incubateur pionnier. Le CTIC Dakar, lancé en 2011, est le premier incubateur de startups TIC en Afrique de l'Ouest.

Sous sa direction, le centre a accompagné des dizaines de startups dans leur développement — de l'idée au marché. Régina a joué un rôle discret mais fondamental : elle n'a pas créé une seule startup, elle a créé les conditions pour que des centaines puissent éclore. Mentorat, mise en réseau, accès aux financements, structuration — le travail d'incubation est invisible mais essentiel.

Ce qu'on retient : pour chaque startup qui réussit, il y a des personnes comme Régina qui ont construit l'infrastructure humaine derrière le succès.


10. Seynabou Thiam-Monnier — Connecter les mères sénégalaises

Ce qu'elle a construit : Yaay, la première plateforme connectant les mères sénégalaises, et cofondatrice d'ApiAfrique.

En 2014, Seynabou Thiam-Monnier a cofondé Yaay — « maman » en wolof — la première plateforme qui connecte les mères sénégalaises au quotidien. Plus de 8 000 femmes y échangent conseils, expériences et soutien. Dans un pays où la maternité est entourée de croyances et de tabous, Yaay a créé un espace de parole libre et informé.

Elle a aussi participé à la cofondation d'ApiAfrique, l'entreprise sociale sénégalaise qui fabrique des serviettes hygiéniques réutilisables en coton bio et en wax. ApiAfrique emploie des femmes à Dakar et contribue à lutter contre la précarité menstruelle — un problème qui touche des millions de Sénégalaises.

Ce qu'on retient : la tech n'a pas besoin d'être spectaculaire pour être transformatrice. Connecter 8 000 mères, c'est 8 000 femmes mieux informées, moins isolées et plus autonomes.


Ce que ces 10 parcours nous apprennent

L'écosystème existe

Sénégalaises In Tech, Jjiguene Tech Hub, Jiggen ci TIC, CTIC Dakar, les incubateurs comme Jokkolabs, Impact Hub Dakar et La Fabrique — l'infrastructure d'accompagnement existe au Sénégal. Elle n'est pas parfaite, elle est encore sous-financée, mais elle est réelle et opérationnelle. Aucune de ces femmes n'a réussi seule — elles ont toutes bénéficié d'un écosystème qui les a portées.

Le financement reste le premier obstacle

Moins de 10% des fonds de venture capital en Afrique sont attribués à des startups dirigées par des femmes. Le déficit de financement pour les entrepreneures tech africaines est estimé à 42 milliards de dollars. Des initiatives comme le Tech FoundHER Africa Challenge (jusqu'à 100 000 USD de subvention pour les fondatrices), le programme Tony Elumelu Foundation, ou le fonds DER/FJ au Sénégal tentent de combler ce fossé — mais le chemin est encore long.

Le digital n'a pas de genre

Awa Caba est ingénieure en informatique. Marième Jamme enseigne le code. Fatoumata Bâ investit dans la tech. Dieynaba Ndoye vend des cosmétiques en ligne. Siny Samba distribue de la nutrition infantile via les réseaux sociaux. Le digital est un outil — et cet outil n'a jamais demandé ton genre avant de fonctionner.

Le Sénégal forme des leaders

Le classement Partech Africa place le Sénégal au 8ème rang africain pour les levées de fonds et au 1er rang en Afrique francophone. L'écosystème numérique sénégalais compte environ 30% de femmes — un chiffre supérieur à beaucoup de pays occidentaux. Ce n'est pas un hasard. C'est le résultat d'années de construction communautaire, de programmes de formation et de la ténacité de femmes qui ont ouvert la voie.


Comment s'engager

Si tu es une femme intéressée par le digital au Sénégal, voici comment commencer.

Rejoins une communauté. Sénégalaises In Tech (senegalaisesintech.com) est un club d'affaires fédérant des femmes professionnelles et entrepreneures du numérique à Dakar et dans la diaspora. Jiggen ci TIC réunit plus de 2 000 membres. Ces réseaux offrent mentorat, opportunités d'affaires et visibilité.

Forme-toi. Les programmes comme Challenge+ Dakar (HEC Paris), les formations de la DER/FJ, les bootcamps des incubateurs (CTIC Dakar, Jokkolabs, La Fabrique) sont accessibles et souvent gratuits ou subventionnés.

Candidate. Le Tech FoundHER Africa Challenge (jusqu'à 100 000 USD), la Tony Elumelu Foundation (5 000 USD + formation), le programme IYBA-WE4A (5 000 USD pour les entrepreneures vertes), les programmes Google for Startups Africa — les opportunités de financement et d'accompagnement existent. Il faut candidater.

Lance-toi. L'article que tu lis a été possible parce que 10 femmes ont un jour décidé de commencer. Pas dans des conditions parfaites. Pas avec tous les financements. Pas avec toutes les réponses. Mais elles ont commencé.


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